La réforme de l’Aide Médicale d’État (AME), destinée aux étrangers en situation irrégulière, connaît un nouveau rebondissement. Le gouvernement démissionnaire de François Bayrou avait signé début septembre plusieurs projets de décrets santé visant à restreindre les conditions d’accès et limiter certains soins remboursables. Cependant, l’Assurance Maladie n’a pas examiné ces textes, retardant ainsi leur mise en œuvre. Ce blocage soulève de nombreuses questions quant à l’avenir de la protection sociale des populations précaires et à la dynamique du système de couverture maladie en 2025.
Suspension des décrets sur l’Aide Médicale d’État : un report décidé par le gouvernement démissionnaire
Les projets de décrets portant sur la réforme de l’Aide Médicale d’État avaient été signés dans un contexte politique délicat, celui d’un gouvernement en affaires courantes. Le Ministère de la Santé a retiré la saisine soumise au conseil de l’Assurance Maladie le 10 septembre. Conséquence directe : les textes, censés réduire l’accès aux soins pour les étrangers en situation irrégulière, ne peuvent être promulgués rapidement. Cette décision critique émane d’une volonté gouvernementale et non d’un refus du conseil lui-même.
Les syndicats CFDT, CGT et UNSA ont vivement salué ce recul, dénonçant « l’absence de légitimité » d’un exécutif démissionnaire à imposer « de nouvelles orientations politiques » susceptibles d’aggraver l’exclusion sanitaire des populations vulnérables. Ces décrets auraient réduit le panier de soins offert et retardé l’accès à certains soins essentiels, notamment pour des actes comme la fourniture de lunettes ou prothèses dentaires.
Conditions d’accès à l’AME : quelles restrictions auraient été imposées ?
Jusqu’ici, l’Aide Médicale d’État garantit un accès aux soins pour étrangers sans papiers, sans condition de durée de séjour ni prise en compte des ressources de l’entourage. Les projets de réforme prévoyaient plusieurs mesures restrictives :
| Mesures prévues | Conséquences |
|---|---|
| Présentation d’un document d’identité avec photo | Obligation administrative supplémentaire, excluant certains bénéficiaires |
| Prise en compte des revenus du conjoint pour le calcul des droits | Plafond de revenu fixé à 847 € mensuels par personne seule, réduction des bénéficiaires |
| Condition d’un séjour supérieur à neuf mois pour certains soins | Restriction des remboursements pour lunettes, prothèses dentaires, etc. |
Ces modifications, si elles avaient été appliquées, auraient renforcé le contrôle sur les bénéficiaires, mais aussi limité considérablement l’accès à des soins essentiels, posant ainsi un enjeu majeur pour la santé publique.
Enjeux de santé publique et critiques syndicales
Les syndicats insistent sur le fait que restreindre l’accès à l’AME ne minimise pas seulement les dépenses publiques mais entraîne également des conséquences graves pour les individus concernés – aggravation des pathologies, hospitalisations tardives, et un coût global potentiellement plus élevé pour la protection sociale. Ils dénoncent des motivations politiques visant à stigmatiser les populations étrangères plutôt qu’à répondre aux défis sanitaires réels.
Le rôle du conseil de l’Assurance Maladie et les perspectives d’avenir
Dans le processus de publication des décrets, l’avis du conseil de l’Assurance Maladie est consultatif mais indispensable pour sécuriser juridiquement leur entrée en vigueur. Sans cet examen, les décrets risquent d’être contestés et éventuellement annulés devant les tribunaux. Le choix actuel du gouvernement renvoie donc cette décision au prochain gouvernement, présidé par Sébastien Lecornu, qui pourra décider de maintenir ou abandonner ces réformes.
| Étapes du processus réglementaire | Statut actuel | Impact immédiat |
|---|---|---|
| Signature des décrets par le gouvernement | Signés début septembre 2025 | Prévus pour limiter l’accès à l’AME |
| Saisine du conseil de l’Assurance Maladie | Retirée par le gouvernement démissionnaire | Examen suspendu, inadmissibilité immédiate |
| Publication officielle des décrets | Non réalisée | Report de la réforme |
Cette suspension offre un répit en matière d’accès aux soins, mais n’apaise pas totalement les débats sur l’avenir de cette aide majeure au sein du système de protection sociale français.



